Publié le jeudi 19 mars 2009

Mensonge

19 03 2009

Mensonge

Depuis la dernière campagne électorale, peu importe le sujet traité, le gouvernement prend continuellement des distances inquiétantes par rapport à la vérité, qu’il s’agisse du déficit, de la péréquation, de la Caisse de dépôt ou de l’entente secrète avec Rio Tinto.

Michel David
Le Devoir
jeudi 19 mars 2009

On a beau avoir constaté depuis longtemps que le sens de l’éthique n’est pas la qualité principale du premier ministre Jean Charest, sa tolérance devant les conflits d’intérêts ne cesse d’étonner.

Il avait fait une remarquable démonstration de l’élasticité de ses principes en décembre dernier, quand il avait réintégré dans le cabinet son ancien ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, qui avait contrevenu à ses directives en se recyclant dans l’Industrie minière quelques semaines après avoir été battu dans sa circonscription d’Abitibi-Est en mars 2007, alors qu’il aurait dû s’imposer un purgatoire de deux ans.

M. Charest avait justifié cette troublante nomination en disant que ses directives pouvaient comporter certaines « zones grises ». Pis encore, il avait confié à M. Corbeil la responsabilité des Affaires autochtones et de la région du Grand Nord, où il crève les yeux que les intérêts des Premières Nations et ceux des compagnies minières risquent d’entrer fréquemment en collision.

Maintenant qu’on connaît les circonstances dans lesquelles Philippe Couillard a quitté la politique pour se joindre au plus gros fonds privé d’investissement en santé au Canada, on comprend mieux pourquoi le premier ministre avait trouvé la faute de M. Corbeil aussi bénigne.

Il est vrai que, dans le rapport du commissaire au lobbyisme, André C. Côté, rendu public mardi, on ne porte aucun jugement sur le comportement de M. Couillard lui-même, qui n’était pas l’objet de son enquête. Peu importe, les faits parlent d’eux-mêmes.

***

Dès janvier 2008, soit six mois avant sa démission, survenue le 25 juin, l’ancien ministre était ouvertement à la recherche d’un emploi, au point de retenir les services d’un chasseur de têtes.

Le 17 mars, il a eu une première rencontre avec la direction de Persistence Capital Partners (PCP), affilié au Groupe Santé Medisys. M. Couillard a lui-même déclaré aux enquêteurs du commissaire au lobbyisme qu’un mois plus tard, à l’occasion d’un souper dans un restaurant de Québec, ils avaient constaté « une communauté de vues sur les services de santé privés et publics ».

Le 17 mai, ils ont convenu d’un « protocole d’entente concrétisant l’accord des parties ». Un mois plus tard, le conseil des ministres, où siégeait toujours M. Couillard, approuvait un règlement qui élargissait de façon significative le champ d’intervention ouvert aux cliniques privées.

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